Sur un chantier à plusieurs lots, personne n'est en retard tout seul. Le lot électricité attend que le génie civil ait coulé, le génie civil attend le plan visé, le plan attend une donnée d'entrée que le lot process n'a pas encore figée. Chacun a raison dans son périmètre, et l'ouvrage n'avance pas.
La mission d'ordonnancement, de pilotage et de coordination traite exactement ce point. Elle décide de l'ordre, elle le fait tenir dans le temps, et elle règle les conflits d'occupation et de séquence entre les intervenants.
Qu'est-ce que l'OPC recouvre exactement ?
Pour les missions de maîtrise d'œuvre confiées par des maîtres d'ouvrage publics, le contenu est écrit à l'article R2431-17 du code de la commande publique. Le texte distingue trois objets.
- L'ordonnancement : analyser les tâches élémentaires portant sur les études d'exécution et les travaux, déterminer leur enchaînement et leur chemin critique.
- La coordination : harmoniser dans le temps et dans l'espace les actions des différents intervenants au stade des travaux.
- Le pilotage : au stade des travaux et jusqu'à la levée des réserves, mettre en application les mesures d'organisation arrêtées au titre de l'ordonnancement et de la coordination.
Les articles voisins définissent les autres éléments de mission, ce qui montre où l'OPC s'arrête. Il ne conçoit pas, il ne dirige pas l'exécution des contrats de travaux, il n'assiste pas le maître d'ouvrage à la réception. Ces missions existent et portent d'autres noms.
L'OPC, est-ce la même chose que la coordination sécurité ?
Non, et la confusion coûte cher quand elle est découverte en cours de chantier. La coordination en matière de sécurité et de protection de la santé relève du code du travail (article L4532-2 du code du travail) et vise la prévention des risques liés à la coactivité. Elle est organisée dès que plusieurs entreprises ou travailleurs indépendants interviennent sur un même chantier de bâtiment ou de génie civil, et c'est le maître d'ouvrage qui en désigne le coordonnateur (article L4532-4).
L'OPC vise la tenue des délais et la séquence des travaux. Les deux missions regardent la même coactivité avec deux objectifs distincts et deux régimes de responsabilité distincts. Elles se parlent en permanence, elles ne se remplacent jamais.
Qu'est-ce qui se passe quand l'ordonnancement n'est pas tenu ?
La première conséquence est l'attente sur site. Une entreprise qui se déplace pour une intervention impossible facture son déplacement, et le litige qui suit se règle des mois plus tard, sur des comptes rendus que personne n'a tenus.
La deuxième est l'empilement des interventions en fin de chantier. Quand la séquence glisse, les lots techniques se retrouvent tous dans les mêmes locaux le même mois. La qualité d'exécution chute et les reprises consomment le peu de marge qui restait.
La troisième est juridique. Les marchés de travaux prévoient des pénalités et un régime de constat des retards. Le cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux traite du programme et du calendrier d'exécution à son article 28.2, et des pénalités de retard à son article 19 (CCAG Travaux 2021). Sans journal de chantier tenu et sans calendrier opposable, l'imputation d'un retard devient une discussion d'opinions.
Quels documents produit l'OPC ?
- Le calendrier détaillé d'exécution, établi à partir des plannings de chaque entreprise, avec les interfaces entre lots matérialisées par des liens et non par des commentaires.
- Le planning de période, à quatre ou six semaines glissantes, qui est le document réellement utilisé en réunion de chantier.
- Le compte rendu de la réunion de chantier, avec les décisions, les actions, leur porteur et leur échéance.
- Le relevé d'avancement, fondé sur des faits constatables : ouvrage coulé, local libéré, réseau tiré, essai prononcé.
- Le registre des interfaces et des points de blocage, qui remonte au comité de projet ce que le chantier ne peut pas régler seul.
Le calendrier détaillé et le planning de période ne sont pas deux versions du même document. Le premier est contractuel et bouge par décision. Le second est un outil de travail et bouge chaque semaine, à l'intérieur des jalons du premier.
Comment on tient un planning de travaux qui bouge tous les jours ?
En figeant ce qui est engagé et en laissant respirer le reste. La semaine en cours et la suivante sont engagées : les entreprises ont commandé les moyens, et on ne les modifie qu'en cas d'empêchement physique. Les semaines trois à six sont prévisionnelles et se négocient en réunion. Au delà, on travaille sur les jalons.
Le relevé d'avancement se fait sur le terrain, pas par courrier. Une visite hebdomadaire avec le conducteur de travaux de chaque lot donne une information plus juste qu'un tableau renvoyé par cinq entreprises le vendredi soir, et elle révèle les blocages une semaine plus tôt.
Un point de blocage qui revient trois semaines de suite au compte rendu sans évoluer n'est plus un point de chantier. Il se remonte au comité de projet avec les options et la décision demandée, sinon il restera au compte rendu jusqu'à la réception.
Comment savoir que l'OPC fonctionne ?
- Le nombre d'interventions annulées faute de prérequis, relevé chaque semaine. C'est l'indicateur le plus direct de la qualité de l'ordonnancement.
- Le délai entre la réunion de chantier et la diffusion du compte rendu. Au delà de quarante-huit heures, les actions de la semaine sont déjà décalées d'une semaine.
- La part des points de blocage clos dans le mois de leur ouverture.
- L'écart entre le planning de période annoncé et ce qui a été réellement fait. Un écart stable et connu vaut mieux qu'un planning de période toujours optimiste.
Sur les opérations de transport guidé, d'installation nucléaire ou d'installation classée, la séquence de travaux porte en plus des jalons d'autorisation et d'essais que l'exploitant ne maîtrise pas seul. Ces jalons entrent dans le calendrier d'exécution au même titre que les tâches physiques, avec leur instruction en amont.
Questions fréquentes
L'OPC est-il obligatoire ?
Il n'est pas obligatoire en soi. Sur les opérations de maîtrise d'œuvre publique, l'ordonnancement, le pilotage et la coordination constituent un élément de mission identifié que le maître d'ouvrage confie ou non. Ce qui est obligatoire dès que plusieurs entreprises interviennent, c'est la coordination en matière de sécurité et de protection de la santé, qui est une mission différente.
Qui désigne l'OPC ?
Le maître d'ouvrage, soit dans le marché de maîtrise d'œuvre, soit par un marché distinct. Le point à écrire noir sur blanc est l'étendue du pouvoir de l'OPC sur les entreprises : constater et alerter, ou arrêter une séquence.
Un OPC peut-il intervenir sur un chantier déjà commencé ?
Oui, et c'est fréquent. La reprise commence par reconstituer le calendrier opposable, les avenants et les constats de retard déjà formulés, avant de rebâtir le planning de période. Sans cette reconstitution, l'OPC hérite d'une situation contractuelle qu'il ne connaît pas.
Quelle différence entre OPC et direction de l'exécution des travaux ?
La direction de l'exécution suit l'exécution des contrats de travaux, vérifie les situations et prépare les décomptes. L'OPC organise la séquence et la coordination dans le temps. Les deux missions sont souvent confiées ensemble, elles restent distinctes dans leur contenu et dans leur responsabilité.
Sources
- Code de la commande publique, article R2431-17, ordonnancement, coordination et pilotage du chantier
- Code du travail, article L4532-2, organisation de la coordination en matière de sécurité et de protection de la santé
- Code du travail, article L4532-4, désignation du coordonnateur par le maître d'ouvrage
- CCAG Travaux, arrêté du 30 mars 2021, articles 19 et 28.2
Qui tient ces métiers chez Agel Engineering
L'activité ouvre sans référence à son nom en management de projet. Ce qui répond de la qualité des livrables, ce sont les parcours des deux personnes qui tiennent les missions.
Santiago Nemocón Camacho tient la relation client et anime les comités. Son parcours passe par Systra, la RATP et General Electric.
Ismaël Faouri dirige l'activité. Son parcours passe par Evergaz.
Nous ne rattachons à ces employeurs ni projet nommé, ni chiffre, ni durée. Ce qui ne se démontre pas publiquement n'a pas sa place sur cette page.
À lire aussi
Ce qu'on regarde dans un planning avant de le croire
Un planning de quatre mille tâches se construit en trois semaines. Savoir s'il annonce une date crédible prend une demi-journée, et se fait toujours de la même façon.
Ingénierie de projetLes interfaces entre lots, et le registre qui les tient
Un projet découpé en lots crée autant de frontières que de lots. Ce qui tombe entre deux frontières n'appartient à personne jusqu'au jour où il coûte cher.
PMO de programmeÀ quoi sert un PMO quand le projet a déjà un chef de projet
Le chef de projet décide. Le PMO fabrique ce sur quoi il décide, et garde la trace de ce qui a été décidé.